Saint Martin de Boubaux

L’an Mil neuf cent six, le vingt cinq Février à deux heures du soir, le Conseil Municipal de Saint Martin de Boubaux, dument convoqué par Monsieur le Maire pour la session ordinaire de Février s’est réuni au lieu ordinaire de ses séances sous la présidence de M Pellet Philippe, doyen d’âge, en l’absence du maire empêché et de l’adjoint absent. Le Conseil adopte la délibération suivante :

Mesures sollicitées des pouvoirs publics pour remédier à la mévente des châtaignes.

M le Président expose à l’assemblée la nécessité qu’il y aurait de prendre des mesures en vue d’amener les pouvoirs publics à rendre le produit des châtaignes un peu plus rémunérateur. Il propose en conséquence, au Conseil, la délibération dont la teneur suit :

Messieurs les Ministres,
Messieurs les Membres du Parlement,

Le Conseil Municipal de la commune de Saint Martin de Boubaux a l’honneur de vous exposer ce qui suit : La récolte des châtaignes est depuis un temps immémorial le principal revenu des propriétaires de la commune. Malheureusement, depuis plusieurs années, le prix de cette dernière n’a cessé de diminuer, et l’année dernière, la baisse a été telle que, les frais payés, il n’est resté aucun bénéfice aux cultivateurs. Le double décalitre, qui se vendait communément 4 francs, s’est vendu 2fr50 seulement. Il serait injuste d’attribuer la mévente à la surproduction ; au contraire, il est de notoriété publique que les châtaigniers produisent moins que par le passé, par suite du peu de soins qu’on leur donne et qu’en outre, on déboise, chaque année beaucoup de terrains plantés de châtaigniers, en raison de ce que les frais de ramassage absorbent plus que la valeur de la récolte. Il faut plutôt attribuer la mévente à l’émigration d’une partie de la population, un quart au moins que la misère produite par l’avilissement du prix des châtaignes et l’espoir d’une vie plus aisée ont poussée vers les ateliers ou les villes, et, par suite, diminution dans la consommation sur place des châtaignes, et aux tarifs de transport trop élevés appliqués à ce produit par les compagnies de chemins de fer. Telles sont les causes principales de la mévente des châtaignes à laquelle nous demandons qu’il soit porté remède, pour arrêter la dépopulation de nos pays montagneux et y retenir cette population si laborieuse, si saine et si vigoureuse qui les cultive en lui donnant un salaire plus rémunérateur, tandis qu’elle va s’atrophier dans les ateliers. N’est ce pas un devoir social d’arracher, par des mesures préventives, les habitants de ces régions à la misère qui les atteint et qui frappera tout le monde : le propriétaire, le fermier et l’ouvrier ? Il ne faut pas croire qu’il y a exagération. Il suffit de parcourir nos campagnes pour constater qu’il y a déjà beaucoup de terrain, autrefois cultivés, envahis aujourd’hui par les ronces et les bruyères, et que la plupart des murailles que plusieurs générations avaient élevées au travers de nos terrains montagneux pour soutenir les châtaigniers, sont renversées et ne sont plus relevées, faute de ressources ; que par la suite, les pluies entrainant les terres, occasionnent des inondations dans les pays de plaine. Effrayés du triste sort qui les menace, les soussignés, confiants en la bienveillance sollicitude du Gouvernement de la République, ont l’honneur de solliciter du Parlement et des Pouvoirs publics les mesures suivantes :

Telles sont les mesures que les soussignés supplient les Pouvoirs Publics et les Membres du Parlement d’examiner avec la bienveillance que méritent des populations profondément dévouées à la République, et qui, sans être bien onéreuse pour le Trésor Public, ramèneraient certainement parmi elles l’ancienne prospérité.

 

Adoptée à l’unanimité des membres présents :
Et ont signé après lecture faite.
Pellet Philippe, Laval Numa, Laval Léonce, Garnier Ruben, Laporte Alma, Pellet Arthur

 

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